pwm1979

A la fin des années 70, les groupes punk et new wave de Brisbane formaient une scène modeste mais vibrante, où tout le monde semblait, de près ou de loin, se connaître. Mais Peter Milton Walsh, lui, était quelqu’un dont mon camarade des Go-Betweens Grant McLennan et moi-même avions entendu parler avant même de l’avoir rencontré. Pour éclore, les mystères et les mythes planant au-dessus de cet homme et de sa musique n’allaient pas attendre les toits du New York du début des années 80, les rangées de maisons de Sydney ni les journées d’été passées à Keats Grove, près de Hampstead Heath. En ces lieux, ils allaient certess’ épaissir; mais lors de notre première rencontre, Peter traînait déjà dans son sillage son lot de cris et de chuchotements – il était cette personne à l’élégance princière, plus mature que la moyenne, en tout cas bien plus que Grant et moi pouvions
l’être.

Nous lui demandâmes d’intégrer The Go-Betweens alors qu’on nous agitait un contrat international sous le nez, et il joua de superbes parties de guitare sur nos enregistrements. Mais son groupe à lui c’était The Apartments. Peter était un leader à plein temps, et son groupe avait été un concurrent actif et très sérieux dès le départ. Grant et moi avions vu la plupart des concerts que le groupe, dans sa première mouture, avait pu donner, quand il jouait les tout frais Help ou Nobody Like You. C’était une époque où l’impact de toute chose pouvait vite être mesuré, où toute nouvelle bonne chanson de n’importe quel songwriter en ville nous était connue, et entrait directement en corrélation/compétition avec ce que nous estimions être nos propres morceaux de bravoure. “It’s such a small world, I saw it first”. “Baby begs for kisses all on Sundays”. Parmi tant d’autres,ces vers auront résonné et capté l’attention. Un nouveau poète pop était en ville ; un groupe et un songwriter se nourrissant de cette petite scène stagnante, conscients que, dans la musique comme dans la vie, il y avait bien plus à entrevoir que ce qu’on pouvait gagner à l’écoute du dernier simple des Buzzcocks. The Apartments, acte premier, valait sacrément le coup d’œil.

Et puis les choses s’embrouillèrent. Des voyages. De nouvelles villes. La belle énergie de Brisbane dura deux ans, puis s’évanouit. Les Go-Betweens avançaient sans fracas ; The Apartments s’arrêta ; Peter, tel un esprit indomptable, était toujours là. Il devint fantomatique. Un correspondant épistolaire, un compagnon d’un soir qui disparaissait aussitôt. Il était à nouveau cet homme capable d’exploits héroïques dérobés à la vue du nombre, de morceaux jubilatoires qui circulaient de bars en cuisines. Sa musique était à la fois en rupture et en développement, prolongeant la symbiose avec The Go-Betweens — puisque nous tentions nous aussi de rattacher de nouveaux sentiments à une nouvelle musique.

C’était une période compliquée—un monde tentait des’inventer, mais le manque d’argent et de reconnaissance se liguait contre lui. Quiconque essayait de percer était en difficulté. C’est dans les moments où Grant, Lindy et moi nous demandions comment et pourquoi continuer, que nous recevions une nouvelle chanson, une visite, unelettre ou une phrase de Peter ; et tous trois, de l’inspiration à nouveau plein les poches, repartions alors en croisade.

Voila pourquoi, fin 1982, à Eastbourne, alors que les Go-Betweens enregistraient Before Hollywood, Grant vint en toute simplicité me demander: “Pourrais-tu me donner un coup de main sur les paroles de cette chanson ? C’est à propos de Peter Walsh”. (Fait historique : Peter Milton Walsh restera la seule personne de sexe masculin a avoir inspiré deux chansons des Go-Betweens — That Way, évoquée à l’instant, et Don’t Let Him Come Back)

Pourrais-tu me donner
un coup de main sur
les paroles
de cette chanson ? C’est à propos de Peter Walsh

 All You Wanted marqua le retour de Peter à The Apartments, aux chansons, au sha-la-la. Il n’est guère surprenant que ce morceau et d’autres, destinés à the evening visits… and stays for years, furent été écrits lors d’un long séjour à New York. Peter avait l’Etat d’Esprit New Yorkais; son attachement à cette ville ne se résumait pas à l’axe reliant le Brill Building, le Commandant Lou Reed et les griffures électriques du CBGB des seventies: il remontait à une époque plus lointaine, celle de Moon River et de Capote, d’Andy avant ses boîtes de soupe – et de Sinatra. Après tout, le groupe avait tiré son nom d’un film de Billy Wilder—et le meilleur film de Wilder, avec ça.

Mes morceaux favoris aujourd’hui (il est possible que cela change demain — une pluie fine me ramènerait immédiatement vers All The Birthdays et Speechless With Tuesday) sont les chansons pop – What’s The Morning For et Great Fool, cette dernière avec le “The ki-i-ind who ke-e-eep the wo-or-orld al-i-ight” de son refrain, le cri du cœur philosophique de l’album. “Day comes up sicker than a cat”, sur Mr Somewhere, est bien évidemment l’un des plus grands incipits de tous les temps. Grant et moi en prîmes note, et à partir de 1985, la leçon fut retenue et appliquée ; la beauté et l’impact des premières lignes se devaient d’être perfectionnés.

L’instrumentation sur cet album est riche, et c’est l’une des raisons pour lesquelles il n’a pas vieilli. Il y aurait tellement d’autres louanges à dresser en l’honneur de ce songwriting et de ce chant tout en ferveur, mais je vais laisser cela aux spécialistes. Je suis un fan, et il est merveilleux de redécouvrir ce disque.

 

Robert Forster

Geiselhöring, Bavière
Janvier 2014